Archives Marguerite Audoux

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Lettre de Marguerite Audoux à Antoine Lelièvre

Auteur(s) : Audoux, Marguerite

DescriptionAsperges - Antonin Dusserre - La Maison blanche
Texte

[Paris], Mardi [12 mai 1914[1]]

Mon cher ami,

Cette fois les demoiselles de la poste ne seront pas troublées par la vue d'une nudité de génie. Je dois vous dire qu'il n'y avait que celui‑là chez moi qui voulût bien vous porter des nouvelles de vos asperges[2]. Plus une feuille de papier à lettres, même pas une pauvre petite enveloppe sous laquelle j'aurais voulu cacher ce brave[3] génie, et le temps pressait de vous rassurer sur votre envoi[4]. Aujourd'hui j'ai une belle boîte toute neuve de papier et d'enveloppes. Voilà de quoi vous dire une fois de plus que vos asperges sont délicieuses. Je les ai reçues hier, en très bon état de fraîcheur et je vous remercie tout plein.
Seigneur ! qu'il est beau votre Saint‑Christophe ! Mais tout de même, il est bien rigolo avec ses mollets drapés comme la ceinture d'une jolie femme[5].
Le livre de Dusserre[6] (l'aveugle de Carbonat) vient de paraître, et déjà les langues marchent avec entrain sur lui et moi. Je laisse passer toutes ces imbécillités et même ces méchancetés. Quand les gens auront fini d'inventer, ils s'arrêteront. Et Dusserre n'en sera pas moins Dusserre, et Marguerite rien de moins ni de plus qu'Audoux.
Je vous enverrai le livre aussitôt que je l'aurai reçu afin que vous me disiez ce que vous en pensez.
Madame Roche[7] me prie de vous dire qu'elle vous garde une bonne amitié, et moi je vous prie de croire à toute mon affection.

Marguerite Audoux

J'oubliais de vous dire que la Maison blanche n'est pas rue de la Chaise[8], mais quelque part par‑là, dans Montrouge, près des fortif[ication]s. Je ne me souviens plus du nom du directeur mais je le saurai si cela peut faire plaisir à votre marchand de brûlures[9].
Au revoir.
M. A.


[1] Lettre parvenue le 13

[2] Allusion à une carte postale non retrouvée, exprimant de nouveaux remerciements pour un envoi d'asperges (sans doute à situer entre les lettres 213 et 214)

[3] Le mot supposé est quasi illisible, en surcharge sur une première version raturée.

[4] Allusion à un envoi que nous ne connaissons pas

[5] Comprenons : comme une jolie femme est drapée par une ceinture. Pas de trace, bien sûr, de ce Saint‑Christophe.

[6] Jean et Louise

[7] Louise Dugué s'est remariée quelque deux mois auparavant. (Voir les notes 9 et 10 de la lettre 211)

[8] Allusion au livre de Werth et aux lieux réels qui ont pu servir de modèle à la clinique du roman. Celle de la rue de la Chaise est la maison de santé de Jean‑Louis Faure, où s'est éteint Charles‑Louis Philippe.

[9] Le Dr Cavallois, le rhumatologue de Lelièvre (voir lettre 213)

Lieu(x) évoqué(s)Montrouge, Paris
État génétiqueVoir la note 3 du texte

Géolocalisation

Notice créée par Bernard-Marie Garreau Notice créée le 17/12/2017 Dernière modification le 20/05/2022