Archives Marguerite Audoux

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Lettre de Marguerite Audoux à Valery Larbaud

Auteur(s) : Audoux, Marguerite

DescriptionQuestions domestiques - Dessin de Charles Guérin - Épreuves de Rouché - Nouvelles de l'entourage
Texte
[Coutevroult] Vendredi [16 avril 1910[1]]

Mon cher Valery,

J'ai bien reçu votre lettre et le paquet de Nouvelles[2], et je vous remercie. Tout le monde va bien ici, même moi. J'ai mis mon soulier de marche et je suis allée jusqu'à la rue Friant[3]. J'ai payé 112 francs plus 10 fr. de denier à Dieu[4] comme c'est l'usage. Il me reste donc 78 fr. Soyez assez gentil de me dire si je dois acheter du linge avec ce qui reste, par exemple, deux paires de draps, une nappe et douze serviettes, quelques couverts. Enfin ce que vous voudrez.
Je rentrerai à Paris lundi et je m'occuperai aussitôt de cela. Dites‑moi aussi, mon cher Valery, si vous avez conservé Adelphine, ou si vous vous contenterez de Vitali[5] pour le temps que vous resterez à Paris[6].
Si des circonstances que nous n'avons pas prévues vous empêchaient de rester à Paris comme vous en aviez l'intention, dites‑le moi. Pour moi, je ne sais pas encore quand je partirai dans le Midi ni si je pourrai y aller. C'est toujours un projet en l'air[7].
Je n'ai pas reçu le dessin de Guérin[8] dont vous me parlez. Mais je dois vous gronder tout en vous remerciant d'avoir pensé à moi dans ce sens. Je n'ai pas reçu les épreuves de Rouché. Je n'ai pas reçu de lettre de Paul Reboux[9]. Je ne sais pas comment tout cela finira. Je me laisse vivre pour l'instant sans trop de soucis. Je m'occuperai de ces choses la semaine prochaine quand je serai solide sur mon pied.
Werth va bien. Fargue est toujours très enrhumé et Michel s'ennuie bien.
Jeanne [Gignoux] est décidément enceinte. Madame Philippe m'a de plus en plus dans le nez, et le Lampadaire écrase Gide de lettres[10].
Au revoir, mon cher Valery.

Je vous embrasse affectueusement.

Marguerite Audoux

[1] « été 1910 », indiqué par la Médiathèque, n'est pas possible, puisque Marguerite Audoux écrit qu'elle n'a « pas reçu les épreuves de Rouché », c'est‑à‑dire celles de Marie‑Claire dont la prépublication commencera le 10 mai 1910. Comme elle est absente de Paris, et que Larbaud écrit à Marcel Ray le 15 avril 1910 (c'est‑à‑dire un jeudi) que « Marguerite va mieux, mais ne quittera la maison de Francis que samedi » (leur Correspondance, Gallimard, tome deuxième, p. 30), le vendredi indiqué sur la présente lettre est à l'évidence le 16, et le lieu de repos Coutevroult.

[2] Il pourrait s'agir de celles de la romancière, ou encore de celles de Larbaud lui‑même, dont « Dolly », composée en mai 1909 et intégrée plus tard à Enfantines. Mais les nouvelles mentionnées peuvent aussi être d'un autre auteur.

[3] Marguerite Audoux est chargée par Larbaud de lui trouver un appartement et d'être, en quelque sorte, son intendante pour quelque temps. Certaines adresses évoquées par la couturière des lettres (rue Friant dans la présente lettre, rue Leverrier dans la lettre 29) et même par Larbaud [qui écrit à Ray : « [J]'ai loué, à partir du 15 avril [1910] un petit appartement, 4 rue Brown Séquard, que je meuble moi‑même. C'est Marguerite Audoux qui s'occupe de cela, infatigablement. » (Leur correspondance, Op. cit., tome deuxième, p. 25)] ne seront sans doute que des projets, puisque les deux appartements que la romancière arrête et où son ami habitera sont la rue Eugène‑Manuel, puis, selon Béatrice Mousli en juillet 1910 [mais même fin juin (voir la correspondance Ray‑Larbaud, Ibid., p. 43)], le 152 du boulevard du Montparnasse, que le romancier quittera fin 1912 pour le 10, rue Octave‑Feuillet [Voir Mousli, Béatrice, Valery Larbaud, Flammarion, 1998, p. 155].

[4] À l'époque, le denier à Dieu est la somme, généralement très modique, donnée en signe d'engagement dans des conventions verbales faites avec le concierge de l'immeuble où l'appartement est loué.

[5] Voisine et amie de Marguerite Audoux, Vitali, qui pourrait donc remplacer Adelphine (voir la lettre 26), gagne sa vie en se plaçant comme domestique.

[6] Comme l'atteste sa correspondance avec Marcel Ray, Larbaud, à cette époque, comme d'ailleurs aux autres, a des projets de voyages (en l'occurrence en Angleterre).

[7] En effet, Marguerite Audoux, dont on comprend qu'elle est très prise par la parution de Marie‑Claire, n'ira pas, cette année 1910, dans le Midi. On la retrouve en juillet en Bretagne avec Michel Yell (voir les lettres 43 et suivantes) puis, après un passage à Paris, en août dans le Jura, chez George Besson, qui dirigera en 1912 Les Cahiers d'aujourd'hui (lettre 54).

[8] Le peintre Charles Guérin.

[9] Paul Reboux (1877‑1963) est surtout connu pour ses pastiches composés avec la complicité de Charles Müller de 1908 à 1913. Mais il s'essaya aussi, parmi tous les moyens d'expression auxquels il toucha, à la critique littéraire. Sans doute Larbaud a‑t‑il contacté Reboux pour la promotion de Marie‑Claire. Nous n'avons cependant, pour l'heure, trouvé aucun article de ce dernier sur Marguerite Audoux.

[10] Voir, infra, la partie "notes"

Notes
Sur les lettres du "Lampadaire" (Emma Mc Kenty) :

Le 18 avril, Valery Larbaud écrit à Marcel Ray que Gide lui a envoyé un paquet de lettres, parmi lesquelles :
« Un paquet de déjections de Mme Mac Kenty, adressées à Gide qu'elle appelle Cher Maître. Trente ou quarante pages en tout. Je renonce à analyser ce fatras ; cependant il faut citer certaines choses : «Louis m'a toujours dit : Marguerite a le fond méchant, c'est ce qui lui donne un cœur aussi sec… Louis et moi nous nous sommes aimés la main dans la main, purement comme des anges. – D'ailleurs à la mort de Louis Marguerite a été la première à me dire : Louis vous a estimée jusqu'à la fin. – Louis m'a recommandé Marguerite. Elle a fait chez moi des journées bourgeoises et je l'ai, à cause de lui, non pas traitée en ouvrière mais en amie.» ‑ Suivent des menaces de poursuite en diffamation ; elle a montré à son avocat les lettres de Marguerite ; mais avant d'avoir recours à la justice elle compte sur l'arbitrage de l'auteur lumineux de La Porte étroite«De mon côté je ferai tout pour que l'apaisement ait lieu, mais je ne puis souffrir que, sans motif, Marguerite s'en prenne à mon honneur. Nous ne sommes pas du même monde, elle ne connaît pas la valeur de ceci : l'honneur d'une femme ! Elle a été la compagne des cafés, du plaisir de quelques jeunes gens et c'est tout.»
Gide n'a rien répondu et ne répondra rien. Il me recommande la plus grande prudence dans mes relations avec Mme Philippe ; mais voici que j'ai déjà enfreint cette recommandation en écrivant à Cérilly une lettre beaucoup moins diplomatique que celle de Gide.[1] »
Les deux lettres citées sont à présent à la Médiathèque Valery-Larbaud de Vichy ([Gi‑Mac 3] et [Gi‑Mac 4]). Quant au courrier de Larbaud à Mme Philippe mentionné ici, nous n'en avons pour l'heure aucune trace. La seule lettre que nous ayons trouvée à Vichy ([Lar.1146]), du 14 septembre 1911, concerne l'inauguration à Cérilly du buste sculpté par Bourdelle, le 25, à laquelle « [m]alheureusement ni Marcel Ray, ni Mme Audoux, ni Francis Jourdain ne pourront venir. »

[1] Correspondance Larbaud – Ray, Gallimard, tome deuxième, p. 32‑33.

Lieu(x) évoqué(s)Paris

Lettres échangées


Collection Correspondants

Cette lettre a comme destinataire :
LARBAUD, Valery

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Notice créée par Bernard-Marie Garreau Notice créée le 17/12/2017 Dernière modification le 03/05/2024