Castor et Pollux

Planche VIII, 1627, Castor et Pollux, détail.

Plusieurs descriptions des Dioscures, protecteurs des marins, se rencontrent chez Cartari. Leurs casques et leurs chevaux sont les signes distinctifs de ces jumeaux. Dans le chapitre consacré à Junon, se trouvent notamment ces lignes :

"Bien est il qu'Apuleie [sic] quand il fait representer en scene le jugement de Pâris, dit que sortit hors une jeune Deesse, laquelle ressembloit Junon, & estoit d’aspect honneste, avoit la teste entournee d’un blanc diademe, tenoit le sceptre en main, & estoit accompagnee de Castor & Pollux, ayans en teste un heaume avec une estoille à la cime, & ainsi les voit on en quelques medailles antiques, & lit on qu’ils furent frères jumeaux, enfans de Jupiter, & si fort s’entr’aimerent, que les Poëtes ont feint que mipartans la vie entr’eux, alternativement ils mouroient & vivoient, dont ils meriterent d’estre mis au ciel, là où on en fit le signe des jumeaux, lesquels encore pour le jourd’huy sont ainsi figurez par ceux qui desseignent les corps celestes. Et les Lacedemoniens appelloient jadis les anciens simulacres dediez à l’honneur de Castor et Pollux, Docana, qui vaut autant à dire que les poultres des Roys. C’estoient deux pieces de bois, distantes esgalement l’une de l’autre, conjointes par autres deux equidistantes aussi en travers : & semble à Plutarque que ce fust une devise bien convenable & propre à l’amitié fraternelle de ces deux Dieux, pour monstrer l’union indivisible qui estoit entr’eux : dont l’un fust tres-agile & adroit à la luitte, l’autre à monter & piquer un cheval : à raison dequoy on les fit quelquesfois montez sur deux chevaux blancs : & estoient peut estre ceux là, lesquels on dit que Junon leur donna, qui les avoit eu premierement de Neptune, nommez l’un Xanthe, l’autre Cillare. Et ainsi estoient ils figurez à cheval par les Atheniens, en un certain temple leur, fort antique. En ceste maniere aussi ils apparurent à Vatinius (comme escrit Ciceron au second livre de la nature des Dieux) quand il revenoit de son gouvernement de Riette en l’Abruzze region à Rome, auquel ils annoncerent que ce jour là le Roy Persez avoit esté fait prisonnier, ce qu’apres il annonça au Senat.[...] Outre ce Castor et Pollux avoient les chapeaux à la teste, comme escrit Feste Pompee, d’autant qu’ils estoient de Laconie, où l’on souloit aller en bataille, le chapeau en teste. Et pource Catulle en un sien Epigramme les appelle Fratres Pileatos, pource que Pileus, qui est diction Latine, vaut autant à dire qu’un bonnet, ou chapeau en langue vulgaire. Pausanias escrit pareillement qu’en certain lieu de Laconie y avoit des petites images couvertes d’un chapeau, lesquelles il dit ne sçavoir bonnement si avoient esté faictes pour les Castors, (car soubs le nom de l’un les anciens entendirent tous les deux frères) mais bien le pense. Tourefois un autre autheur dit, que à Prasie ville de Laconie on adoroit les deux jumeaux, Castor et Pollux, statues desquels estoient faictes d’airain, ayans des chapeaux sur la teste."      
(Cartari, 1610, p. 236 sq.)


Page 241 encore, les casques portant les flammes sont évoqués, ainsi que les piques dont ils sont armés :

 "Ceux cy [Les Castors] donc estoient faits (comme dient Ælian & Suydas) jeunes, grands, sans barbe, se ressemblans fort l’un l’autre, vestus de la robe militaire, ayans les espees au costé, les piques à la main, & en lieu des estoiles, que j’ay cy devant dit, on leur faisoit aussi quelquefois aucunes petites flammes à la teste : pourautant qu’on lit que les Argenochers estans jadis estrangement travaillez d’une griesve fortune de mer, de maniere qu’ils craignoyent tous de perir, & ayant Orphee fait des vœus pour le salut de tous, apparurent deux estoilles, ou bien flammes ſur la teste des Castors, qui leur furent signe de sauveté, d’où vint en apres que les Castors furent invoquez des nochers en leurs perils. Dont Pausanias escrivant de certaine statue de Neptune qu’avoyent les Corinthiens, dit qu’en la base d’icelle estoient insculpés les Castors, comme ceux qu’on croit estre Deités salutaires aux navires, & nochers, & creut on aussi y avoir deux certaines estoiles, feux, ou lumières, lesquelles (comme escriuent Seneque & Pline) apparoissans en mer lors de la tourmente, & grand peril, sont messageres de toute bonne fortune, donnent signe de bonasse, & presagent que le navire fera bon voyage. Les mariniers aussi les ont en grand honneur, & les reverent soubs le nom de Castor & Pollux, qu’ils tiennent pour Dieux marins. Et pour ces deux clartés se monstrent en l’air, & que l’air est designé par Junon, à bon droict furent les deux freres Castor & Pollux mis en compagnie de ceste Deesse."



Description de la gravure dans l'Index de Cartari en 1610 :


Évolution de la représentation des Dioscures :


À gauche, Cartari, 1571 ; à droite, Cartari 1581-1610-Conti 1612.



À gauche, Cartari, 1615 ; à droite, Conti, VIII, 1627, extrait.



La description détaillée des couvre-chefs des Dioscures se trouve également dans la Mythologie, au chapitre qui leur est consacré (VIII, 10), avec une explication des croyances des marins :

"Les flammes susdites brillans autour de leurs testes au voyage de la toison d’or, firent croire aux ignorans que Castor & Pollux ravis aux cieux les faisoient apparoistre aux voyageans sur mer pour leur denoncer bon heur & sauveté. Or il faut noter qu’on apperçoit quelquesfois és armes deux bluettes ou flammes de feu au dessus des picques ou lance, ou des tentes ; & quelques-fois és navires autour des antennes, ou sur le feste du mas, ou bien auprés de la hune : & quand les mariniers voyent ce signe, ils ont tres-bonne esperance d’avoir la mer calme & tranquille, & de reüssir à bon port. Mais s’il ne leur apparoist que l’une de ces deux flammes, ils cuident que c’est seulement Castor le mortel, ce qui leur cause un extreme apprehension de danger : si toutes deux se montrent, elles sont salutaires & de bon presage, si la troisiesme survient, sçauoir la flamme d’Helene, & qu’elle rechasse les autres deux, ils font estat de mourir, ou pour le moins de faire naufrage. Ce sont ces deux feux que les Mariniers appellent aujoud’huy communément S. Nicolas & S. Herme. De sçauoir que c’est, ou comment ils apparoissent, les Autheurs en ont tousjours esté fort en doute & controverse. Ceux de nostre temps qui ont beaucoup voyagé sur mer, & qui font profession de les invoquer l’un aprés l’autre, croyent que telles flammes sont ces Saints, aux noms desquels elles s’evanoüissent."        (Mythologie, 1627, p. 878 - lire la suite)

Comme sa source, Daniel Rabel accentue visuellement la gémellité des deux frères en leur faisant partager le même élan. La Mythologie, elle distingue Castor et Pollux :

"Au demeurant on dit qu’Hercule ayant remis sus les Dieux Olympiques, Pollux emporta le prix du cæste, & Castor fut declaré victorieux à la course & à l’escrime des coups de poing : car encore qu’ils fussent tous deux issus d’un mesme part & d’une mesme couvee, toutefois leurs inclinations furent diverſes, selon ce qu’en dit Horace au deuxiesme des Sermons :

Le Chevalier Castor des chevaux avoit soing,
Et le né du mesme œuf faisoit à coups de poing ;
Autant d’affection il y a que de testes."      
(Mythologie, 1627, p. 876 - lire la suite)



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